Long Courrier

Paroles de voyageurs

Le mois dernier, j'écrivais le texte d'un album qui paraitra - si tout va bien - dès le mois d'octobre prochain. Ce projet né d'une jolie rencontre avec une éditrice aussi tenace que patiente fut pour moi l'occasion rêvée de dire mon amour du voyage...
Cherchant de quoi nourrir ma propre réflexion, j'ai découvert ce livre, Paroles de voyageurs, paru il y a 10 ans chez Albin Michel dans sa fameuse collection "Paroles". Au dos, ce proverbe foulfouldé (langue des Peuls) : "Si tu n'as pas étudié, voyage." Dedans, de nombreux textes concernant le voyage, à commencer par cet Atlas de Nicolas Bouvier...
Il y a cette magie des noms de lieux qui agit comme de l'éther sur la cervelle des gosses (j'en étais)* vautrés sur les atlas de longs dimanches de pluie. On lit : Tucuman, Surabaya, Flores. On se dit "un jour j'irai là-bas". On dessine avec l'ongle du pouce le cours du Yucon sur le beurre de sa tartine. On rêvasse. (...)
* moi aussi !

Mais le texte qui m'a frappée, touchée au point que le lisant tout haut j'ai senti ma voix s'étrangler, est signé Jacques Lanzmann :
Au retour de nos marches, tout nous paraît injuste parce que tout coule à flots, parce que tout sétale et s'expose, parce que tout est à vendre et à acheter. Parce que, là où les uns mettent des heures à remplir les cruches, les jarres, à les charrier de la rivière à la case, les autres n'ont qu'un robinet à tourner. (...)
Parce que, là où les uns vont, pauvres mais libres, les autres vont, riches mais entravés.
Injuste parce que l'existence des uns ne dépend que d'une mauvaise récolte, d'un méchant coup de vent, tandis que l'aisance des autres ne dépendra jamais que d'un mauvais coup de bourse.
Injuste, parce que nous, marcheurs, voyageurs, errants, ne savons plus, au retour, à quelle sauce dévorer notre mauvaise conscience, dans quelle sorte de répertoire nous classer.
Injuste, parce que nous sommes le symbole même de cette injustice. Parce que nous avons été voir chez les autres alors que ceux-ci ne viendront jamais voir chez nous...
-
Gran Canaria sur un nuage, vue depuis Tenerife (Espagne, 2006) * Le rêve de nombreux migrants africains...

 

Article et photo(s) signés La Correspondante...

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Publié à 10:00, le 1/07/2008, Tenerife
Mots clefs : Jacques LanzmannNicolas Bouvierîle de Gran Canariaîle de Tenerifevoyageursnuagepeulsproverbe


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